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Peter Lempke: l'amélioration du regard occidental sur l'orient islamique

Peter Lempke, est le bibliothécaire de la bibliothèque de l'Institut Allemand des Etudes Orientales de Beyrouth. Sa relation avec cette ville a commencé quelques jours avant l'invasion israélienne, lorsqu'il a été invité en 1982 par l'Université Américaine du Liban pour assister à une conférence. Lama a effectivement assisté aux premiers jours de l'invasion et a été obligé à quitter Beyrouth à cause de la guerre. Deux ans plus tard, en 1984, Lempke regagne Beyrouth où il va rester pendant trois ans et travailler comme bibliothécaire de la Bibliothèque de l'Institut Allemand des Etudes Orientales. Trois ans plus tard, un autre incident va obliger Lama de quitter Beyrouth de nouveau. Il s'agit de l'arrestation en 1987 d'un groupe de Libanais à l'aéroport de Francfort. Cette fois-ci, il part en Istanbul, croyant qu'il n'y resterait que quelques jours, mais à l'encontre de ce qu'il avait prévu, Lama va rester à Istanbul jusqu'au milieu des années 90. Il fonde là-bas une bibliothèque s'affiliant toujours à l'Institut Allemand des Etudes Orientales. En 1995, il rentre à Beyrouth pour s'y installer définitivement. Il est toujours le bibliothécaire de la Bibliothèque de l'Institut Allemand des Etudes Orientales de Beyrouth et d'Istanbul.

Peter Lempke a reçu son doctorat en sciences islamiques de l'Université de Colon. Il réfère son engouement pour la culture islamique à son éducation qu'il a reçue dans le cadre d'un système d'éduction européenne centrale et stricte qui ne lui a permis que de connaître la culture européenne, ce qui était insuffisant pour lui pour qu'il puisse comprendre le monde. Par conséquent, il a trouvé indispensable le fait d'étudier une autre culture qui ne soit pas européenne et il a choisi la culture islamique pour sa richesse.

Lempke raconte son premier voyage. Il avait vingt ans. Lors de ce voyage, il a visité le Caire, puis le Soudan où il a passé trois mois à parcourir les quatre coins de ce pays. Lempke croit que c'est grâce à cette première expérience qu'il a commencé à s'intéresser au monde arabe et par conséquent à visiter certains de ses pays dont le Maroc, le Yémen, la Jordanie et les Emirats Arabes Unis. Il s'est également rendu dans d'autres pays orientaux tels que l'Inde et la Chine afin notamment de comprendre leurs communautés musulmanes.

L'Institut Allemand des Etudes Orientales de Beyrouth est considéré comme un centre d'études pour les étudiants allemands à Beyrouth. Il est le seul dans son genre dans la région. Dans un des locaux de cet institut, Lempke nous explique son travail qui consiste à fournir les livres, les recherches et les références nécessaires aux chercheurs. Il rassemble des manuscrits et des documents. Sa bibliothèque renferme plus de 130 recueils. Il fait un travail acharné afin de fournir aux chercheurs et aux étudiants provenant d'occident des livres et des journaux publiés dans le monde arabe et qui ne sont pas disponibles en occident. Pour pouvoir accomplir cette tâche, il ne cesse de se déplacer entre Beyrouth, Damas et le Caire. Il se rend également de temps en temps à Sanaa, à Casablanca et à Tunis. Il a toujours une mission essentielle, celle de visiter les librairies et les foires pour y acheter des livres. Grâce à ce travail acharné, la bibliothèque dont il s'occupe est devenue l'une des bibliothèques les plus importantes parmi les bibliothèques spécialisées en matière de proche orient. Elle est fréquentée par les chercheurs occidentaux et arabes.

Lempke souligne que son choix de livres n'impose aux chercheurs aucune vision ni aucune méthode, affirmant que la bibliothèque fournit toutes les idées, celles de gauche comme celles de droite, celles de laïcs comme celles de fondamentalistes. Il souligne également que la bibliothèque ne s'intéresse pas seulement à la culture islamique mais qu'elle s'intéresse aussi au christianisme oriental et que dans ce registre, la bibliothèque possède des ouvrages authentiques écrits dans ses langues d'origine: copte, syriaque et éthiopienne.

En montrant les collections de journaux que possède la bibliothèque, Lempke met l'accent sur l'effort qu'il a déployé pour doter la bibliothèque d'une collection de journaux portant notamment sur la cause palestinienne, affirmant que la bibliothèque possède une des meilleurs collections de journaux politiques palestiniens. Grâce à ces efforts, Lempke a réussi à acheter une collection d'exemplaires du journal palestinien Al Thawra, il s'agit d'une collection très rare, notons que la plupart des exemplaires de ce journal ont été détruits, lors de la guerre civile libanaise.

Les loisirs de Peter Lempke, en tant qu'intellectuel, ne sont pas loin de son travail et de sa carrière. Il est fasciné par la collection de photos originales et de cartes postales anciennes. A cet égard, il souligne qu'il possède une des meilleures collections de cartes postales qui étaient l'un des éléments de la propagande durant la première guerre mondiale. Par ailleurs, il est fasciné par l'écriture islamique. Outre sa collection de cartes postales, Lempke possède une collection de peintures orientalistes originales. Il estime que ce genre d'art avait une grande influence sur le regard de l'occident à l'égard de l'orient. Il explique que ces peintres occidentaux dits "Orientalistes" sont arrivés en orient pendant les 18ème et 19ème siècle, ayant une seule pensée qui se résume à ce que l'Europe est la terre de la lumière, de la raison et de la justice, alors que l'orient est la terre des ténèbres, de l'immoralité et de la tyrannie. Dans une première phase, ils ont illustré l'expansion de l'occident en direction de l'orient. Mais l'orient les a aussitôt fait rêver et leurs peintures sont devenus l'incarnation de leurs rêves. Dans une phase suivante, les particularités de la vie quotidienne en orient sont devenus un des thèmes fétiches de leurs peintures. Mais leur première pensée était toujours dominante. Dans leurs peintures, ils ont notamment illustré des thèmes teintés par cette pensée, tels que l'aspect mystérieux de la femme orientale, l'autorité tyrannique en orient, la vie en ville, dans la campagne et dans le désert… Grâce à l'évolution des technologies de l'impression, ces peintures ont été reproduites de grande envergure et leurs prix sont devenus bons marchés.
Ce qui a fait qu'avec le temps, ces peintures sont devenues très courantes et au fil des jours elles ont constitué une partie marquante de la mémoire collective occidentale qui garde toujours l'ombre de la première pensée des orientalistes à l'égard de l'occident. C'est justement cette pensée que Peter Lempke œuvre pour améliorer.

" Les gens créent leurs identités. Ils s'inspirent de leur héritage mais ils lui rajoutent leurs propres expériences" estime Peter Lempke. Quand on s'exclame en lui demandant comment il vit dans un endroit aussi dangereux que Beyrouth, il trouve dans cette exclamation une chance pour expliquer que la situation sur le terrain est différente de ce qu'on croit en occident et qu'il n'est pas entouré de terroristes comme on le croit. Peter Lempke conclut en affirmant qu'à Beyrouth comme partout dans le monde arabe, il se sent chez lui tranquille et serein.

Date de diffusion: le 13 janvier 2006 sur Al Jazeera News.


Christian Leblanc: Le passionné de l'Egypte et de son héritage

Christian Leblanc est venu s'installer en Egypte en 1973, sans jamais croire quand même, que son séjour dans le pays des pharaons allait durer aussi longtemps, et que l'Egypte allait lui énormément manquer, à chaque fois qu'il se rendait en France, son pays natal, pour certaines affaires. Tout a commencé à l'âge de 12 ans, c'était justement à cet âge là que la passion de Christian Leblanc à l'égard du patrimoine Egyptien, était née. Mais sa première visite en Egypte n'a eu lieu que plusieurs années plus tard, entre 1970 et 1971. Lors de cette visite, il a fait la connaissance du célèbre égyptologue français, Serge Sauneron, directeur de l'Institut Français d'Archéologie Orientale (IFAO) à cette époque là. Pour Leblanc, Sauneron est aussitôt devenu un exemple à suivre. Leblanc est revenu en Egypte en 1973, pour travailler au Centre d'Etudes et de Documentation de l'Archéologie de l'Egypte Pharaonique.

Il avait 12 ans, lorsqu' a été lancée la campagne internationale de l'UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine archéologique de la Nubie, dans les années 60. Quand il a écouté le discours du ministre français de la culture à l'époque, André Malraux, dans lequel il annonçait l'appel de l'UNESCO à la sauvegarde du patrimoine archéologique de l'Egypte, il a immédiatement pris part à cette campagne en collectant des dons de la part de ses collègues à l'école et il les a envoyés au siège de l'UNESCO à Paris. Le directeur de l'UNESC0 à l'époque, lui a envoyé une lettre de remerciement, tout comme le secrétariat du président égyptien Gamal abdel Nasser, qui l'exhortait à continuer à s'intéresser à la civilisation pharaonique.

Après avoir fini ses études scolaires, Leblanc s'est joint à l'Ecole du Louvre. Une fois diplômé, il a travaillé au musée du Louvre, et c'est ainsi qu'a commencé sa carrière d'égyptologue. Il a ensuite obtenu son magistère d'histoire, puis son doctorat d'histoire ancienne. Il a également obtenu plusieurs autres diplômes dans le domaine de l'égyptologie, sans oublier son apprentissage de la langue de l'ancienne Egypte.

Tout au long de sa carrière d'Egyptologue en Egypte, il a travaillé sur plusieurs sites importants, notamment la vallée des reines, située au bord ouest de Louxor. Leblanc a travaillé pendant une vingtaine d'années sur ce site, qui était encore vierge au niveau de fouilles et de découvertes archéologiques. Il a découvert 80 tombes jamais découvertes avant lui, mais qui ont été pillées à plusieurs reprises dans les temps anciens ou encore par des voyageurs dans le moyen âge.

Après la fin de sa mission dans la vallée des reines, Christian Leblanc a voulu poursuivre ses recherches historiques et archéologiques sur la famille de Ramsès II. Il s'est alors transformé en 1991, vers le temple de Ramseum, qu'il considère comme une matière extraordinaire pour les études archéologiques. Il a commencé le travail par l'élimination de la poussière qui s'est accumulée au fil du temps sur les gigantesques colons du temple, dissimulant ses ornements et ses couleurs magnifiques. Cette opération d'élimination de la poussière a nécessité le recours à des outils et des instruments extrêmement rigoureux et sophistiqués. La mission du temple de Ramseum est toujours en cours, avec la collaboration d'égyptologues égyptiens. Au sein du temple de Ramseum , en plein chantier, entouré d'ouvriers égyptiens, Christian Leblanc nous parle de son estime à l'égard des ouvriers égyptiens passionnés et qualifiés. Il souligne que ces ouvriers reçoivent régulièrement des formations spécialisées à travers des égyptologues français, dans les domaines de la sculpture, de la taille de pierres et de la restauration archéologique. Les ouvriers égyptiens qui travaillent avec Christian Leblanc, sont issus de familles qu'il connaît depuis longtemps. Ils étaient enfants quand leurs pères, étaient eux aussi ouvriers sur le chantier de Leblanc. Il a vu ces enfants grandir sous ses yeux, jour après jours, jusqu'à ce qu'ils ont terminé leurs études. Et tel père tel fils, ils ont joint à leur tour, la mission archéologique de Leblanc. Ils sont au nombre de 130. Parmi eux, Christian Leblanc se sent en famille.

Christian Leblanc commence sa journée de travail vers cinq heures du matin, afin d'éviter la chaleur suffocante après-midi. Il travaille sur le chantier pendant six heures. Il se rend ensuite chez lui, où il continue à travailler pour encore quelques temps. Il s'agit de noter les remarques quotidiennes concernant le chantier.

De longues années passées en Egypte, au cours desquelles, Christian Leblanc a vu le pays des pharaons changer et s'évoluer. Il adore son air libre, mais l'aspect qui impressionne le plus Christian Leblanc en Egypte, c'est que la jeunesse constitue la majorité de la population, et la jeunesse c'est l'espoir.

Date de difusion: Premier Juillet -2005



Marie Louise Belaraby

Marie Louise Belaraby, est née à Montpellier au sud de la France. Elle est la quatrième fille d'un médecin catholique et une mère protestante. Le mariage entre catholiques et protestants était très rare à cette époque là. Marie Louise est issue d'une famille intellectuelle. Elle avait 18 ans, quand elle a décidé d'aller étudier l'édition et la bibliothécologie, à Paris. C'était au début des années 50. Une fois diplômée, elle a travaillé comme secrétaire à la maison d'édition Julliard, pendant 8 ans, avant de rencontrer son mari d'origine marocaine. A cette époque, la maison Julliard éditait des livres pour des écrivains d'origine maghrébine, notamment ceux qui ont choisi la France comme pays d'exil. Elle a rencontré celui qui serait son mari, chez des amis. Le jeune homme était là sur son fauteuil en plein sommeil. Elle a demandé: "Qu'est ce que c'est ça?! N'a-t-il pas honte?!". Mais une fois réveillé, elle l'a trouvé charmant. Ils sont devenus amis pour finir mariés.

Au Maroc, la première chose qui l'a fascinée était la bienveillance qui manque à Paris, ce qui mène ses gens à l'individualisme. Elle est très vite devenue la bienvenue parmi tous ses voisins, qui partageaient avec elle, leurs plats délicieux, tous les soirs, pendant le mois du Ramadan, ce qui était fascinant pour elle. Au Maroc, elle a notamment aimé la lumière, la nature et la bonté des gens. Elle a visité toutes les villes du Maroc, surtout qu'elle a invité sa famille à une tour à travers tout le pays, et elle dit connaître le Maroc encore plus que son mari le connaît.

Un jour, alors qu'elle travaillait comme enseignante, 20 heures par semaine, la journaliste marocaine, Zakeya Daoud, qui était une de ses amies, lui a dite qu'un ami à elle avait besoin d'une libraire pour travailler avec lui. Elle a alors rencontré cette personne, qui était un français qui avaient une librairie qui vendaient des dictionnaires, avenue Mohamed V. Ils se sont mis d'accord qu'elle travaille avec lui, pendant son temps libre. Après un certain temps, elle est allée travailler dans une autre librairie appartenant au même français, mais dans le quartier latin, après l'avoir convaincu que l'avenue Mohamed V n'était pas le meilleur endroit pour ce type de librairies. Mais sa première expérience de libraire était un vrai échec et la librairie a fermé ce qui l'a énormément déprimée. Elle a ensuite décidé d'apprendre l'anglais. Elle avait une amie américaine qui l'a convaincue d'essayer ensemble de fonder leur propre librairie et pourquoi pas?! Elles ont loué un garage qui était en cours de construction, dans le quartier latin, et l'ont transformé en une librairie, croyant qu'elle allait contribuer à la promotion du niveau culturel de tout le quartier, et c'est effectivement ce qui s'est passé. La librairie a réalisé un grand succès, au niveau culturel comme au niveau financier. Elle a aussitôt bénéficié d'une large clientèle qui a trouvé dans cette librairie ce qui n'existait pas ailleurs.

Au début, Marie Louise en coopération avec une maison de publicité appelée "Publicité Warman", ont crée une campagne publicitaire basée sur l'idée de vendre en solde les anciens livres du quartier latin, ce qui était un grand succès qui lui a permise d'acheter de nouveaux livres pour sa librairie. La philosophie de la librairie reposait essentiellement sur l'idée d'attirer le plus grand nombre notamment de marocains vers la lecture et la culture en général. Chez Marie Louise, il était permis aux clients de toucher les livres, de les feuilleter et même de les lire sans être obligés à les acheter, ce qui était catégoriquement interdit par les autres librairies. Le but principal de Marie Louise, était de promouvoir la culture chez une catégorie de marocains. Sa librairie appelée "La Rencontre de livre", est aussitôt devenue, un point de rencontre où se retrouvaient écrivains et lecteurs pour discuter librement, ce qui a fait que la librairie de Marie Louise est devenue par excellence, une tribune de libre expression, sans censure et sans répression.

Marie Louise, a ensuite crée une maison d'édition "La Maison d'Edition Tarek". La création de cette maison d'édition a une histoire. Un jour, elle a reçu une visite à la librairie, de la part d'une amie qui s'appelait Joël. Elle lui a proposée de créer ensemble une maison d'édition, mais Marie Louise a répondu en disant qu'elle n'était pas capable de prendre part à un tel projet, du fait qu'elle était très occupée, notamment qu'elle était déjà grand-mère et qu'elle réfléchissait à la retraite. Mais quelques jours plus tard, elle a reçu une autre visite de la part de Abdel Aziz Morid, journaliste marocain et un de ses amis. Il avait sur lui un grand ouvrage qu'il lui a montrée. C'était un récit illustré. Il lui a demandée de l'aider à trouver un éditeur. Elle s'enthousiasmait de plus en plus, au fur et à mesure qu'elle feuilletait l'ouvrage, pour finir par lui dire: "Nous allons l'éditer. Nous sommes entrain de créer une maison d'édition". C'est comme ça que Marie Louise a crée "La Maison d'Edition Tarek", en coopération avec son amie Joël et son ami Micho Benani.

Marie Louise a en outre crée l'association "Ein Chams" qui regroupait des marocains, musulmans, chrétiens et juifs, des français et des espagnols. Le but principal de cette association était de créer un espace de rencontre et d'échange entre ses membres à tous les niveaux.

Parlant de sa philosophie en ce qui concerne l'éducation des enfants, elle dit: " Les aimer tout simplement et savoir ce qui les rendent heureux". Elle affirme que cette philosophie d'éducation était très réussite, ce qui fait qu'eux, à leur tour, la rende heureuse. Elle souligne que le bonheur que leurs enfants lui ont offertes est encore plus grand que celle que lui a offerte sa carrière de libraire qui est la chose la plus importante dans sa vie. Mais pour elle, les enfants viennent avant tout.

Date de diffusion: 24 Juin-2005



Mona Omara

De son vrai nom japonais, Hu Wihara, Mona Omara vit en Egypte depuis 1977. Elle raconte son histoire, en écoutant une chanson du célèbre chanteur égyptien Mohamed abdel Wahab " Qu'est ce qui m'a été prédestiné", alors qu'elle préparait un thé à l'égyptienne. Le Japon est son pays natal, là où elle a rencontré son mari. A cette époque là, elle prenait des cours d'anglais. Un jour, une amie à elle lui a proposé de travailler comme interprète avec une délégation égyptienne anglophone, en mission à la compagnie Mitsubishi au Japon. Il s'agit de la délégation de l'Organisme du Canal de Suez. Celui qui serait son mari, faisait partie de cette délégation. Quand il l'a rencontré pour la première fois, il a eu une impression assez bizarre. Il a eu l'impression qu'il était devant une fille égyptienne qui appartenait à la génération des années 30, à la génération de sa mère. Au fait, elle lui a rappelé de sa mère. Il est tombé amoureux d'elle et a décidé de l'épouser.

Avant de venir en Egypte, elle ne connaissait de ce pays que les pyramides et le sphinx. Elle entendait parler de l'Egypte d'une manière qui l'avait faite peur: " Un pays désertique, sans villes, sans électricité, ni eau, et dont les habitants sont tous des bédouins!!!". En plus, un des collègues de son futur mari lui a dit que la situation économique en Egypte était très dure, qu'elle ne serait pas capable d'acheter ses besoins au supermarché, comme elle le faisait au Japon et qu'elle serait obligée à faire la queue, une très longue queue devant les coopératifs à chaque fois qu'elle aurait besoin de faire ses courses. Tout ce qu'elle a appris sur l'Egypte lui faisait peur. Elle a alors décidé d'aller visiter l'Egypte avant de prendre la décision fatale. Elle a réservé un billet d'avion aller-retour, mais elle n'est retournée au Japon, que plus tard, déjà mariée avec son bien aimé égyptien. Quand elle est venue visiter l'Egypte pour la première fois, son futur mari, ses frères et ses sœurs étaient à son attente à l'aéroport. Elle les a trouvés très accueillants. Dans la maison de la famille, elle était la très bienvenue, sa future belle mère était très gentille avec elle. Elle lui a préparée les plats égyptiens les plus délicieux.

Mona est restée alors en Egypte. Elle s'est mariée et s'est mêlée à la famille de son mari. Sa belle mère lui a apprise la cuisine égyptienne. Au début, la mère de Mona était très fâchée contre elle, du fait qu'elle n'ait jamais retournée au Japon, mais après u certain temps, la mère a compris que sa fille avait déjà fait son choix de vie et qu'elle était heureuse de ce choix.

Lorsque Hu Wihara a décidé de s'acquérir d'un nom arabe, elle a choisi Mona, un nom facile à prononcer. Elle a aimé chez les égyptiens, leur solidarité et leur bienveillance, ce qui l'a aidé à s'adapter vite à la vie parmi eux. Elle a vite appris la langue arabe. Son mari se souvient qu'il était parti, une fois pour une semaine et de retour chez lui, il a trouvé que Mona avait appris 3 mots arabes. Au bout de 5 mois, Mona parlait parfaitement l'arabe et elle était capable d'aller faire ses courses, toute seule.

Mona a fait son premier Ramadan en Egypte. C'était assez dur pour elle et elle a perdu pas mal de poids. Après un certain temps, Mona était décidée à se convertir à l'islam. Son mari lui a dit qu'il préférait qu'elle se convertisse au Japon. Elle est alors retournée au Japon pour se convertir à l'Islam au Centre Islamique de Tokyo.

Déjà grand-mère, Mona est dans le jardin, en train de s'occuper de sa petite-fille Malak, alors que son mari se souvient comment Mona a élevé leurs deux filles, Dina et May. Il nous raconte comment elle les a aidées à se sentir indépendantes dès leur enfance et faire leurs choix très tôt. Le premier choix que les filles ont fait était leur sport préféré. Elles ont choisi toutes les deux, le tennis, un jeu où elles ont excellé. A l'âge de 11 ans, Dina est partie toute seule pour représenter l'Egypte au championnat d'Afrique du Tennis à la Côte d'Ivoire, alors que May est partie aux Pays-Bas, toujours pour représenter l'Egypte. Mona s'occupe toujours de Malak. Elle n'est pas du genre de grand-mères qui gâtent leurs petits-enfants. Elle l'élève comme elle a élevé ses deux filles, selon une discipline stricte. Pour elle, comme c'était toujours le cas, élever un enfant est une mission, est un emploi, d'où est venu son refus de travailler. Elle a préféré d'être femme au foyer. Pour elle, le temps de la femme ne peut pas être partagée entre son travail et son foyer.

Tout au début, Mona a essayé de préparer des plats japonais pour son mari, mais malheureusement il n'a pas pu savourer la cuisine japonaise. Mona quant à elle, elle a aimé la cuisine égyptienne, à tel point qu'elle savoure el Kawarea (un plat typiquement égyptien préparé à base de pattes de bœuf) que son mari n'apprécie pas du tout.

Après une quarantaine d'années en Egypte, Mona parle couramment l'arabe comme si c'était sa langue maternelle. Pour elle, le japonais devient de plus en plus une langue lourde. Elle est allée récemment au Japon, pour n'y rester qu'un seul mois. Du retour, elle a affirmé que son foyer et sa famille sont en Egypte et qu'elle ne peut plus aller au Japon qu'en tant que touriste!!!

Date de diffusion:17 Juin-2005



Erga Reheins: Adoption des causes arabes

Erga est née en Palestine en 1935, d'un père allemand et une mère originaire de Yafa (Jaffa). Son père luttait contre les forces britanniques, ce qui leur a obligés à un moment donné de quitter la Palestine pour les Etats-Unis. Après avoir terminé ses études scolaires, Erga a joint l'université mais elle n'a pas terminé ses études universitaires. Elle avait envie d'étudier l'art, mais à cette époque là, il n'y avait pas de facultés spécialisées dans le domaine de l'art, alors elle a décidé de quitter l'université et de compter sur elle-même en matière d'apprentissage. Elle a vécu et travaillé à New York jusqu'en 1977, lorsqu'elle a décidé d'immigrer au Portugal. Elle croit que sa vie au Portugal lui a facilité, plus tard, la vie dans les pays arabes. Selon elle, dans les veines des portugais, il y en a du sang arabe, et une grande ressemblance se trouve entre les portugais et les arabes. Mais l'adhésion du Portugal au marché européen commun, en 1988, a fait du Portugal un pays typiquement européen. Erga a ainsi décidé de partir de nouveau, mais cette fois-ci pour son pays natal, pour la Palestine. Elle a vécu dans la partie arabe de Jérusalem, entre 1996 et 1997. Elle a travaillé dans le domaine des fouilles archéologiques et en même temps, elle a pu faire certaines recherches sur les nomades. Erga est fascinée des nomades, elle trouve qu'elle possède quelque chose en commun avec eux, à savoir le déplacement continu.

En Septembre 1997, elle a été envoyée pour une mission archéologique à Wadi Ram, dans la région d'al Aqaba, près des frontières avec l'Arabie Saoudite. Elle est restée là bas pendant deux semaines, au cours desquelles, elle a passée par une expérience soufie extraordinaire. Grâce à cette expérience, Erga est tombée amoureuse de Wadi Ram, pour finir par décider d'aller définitivement s'installer là bas.

Erga a adoré la vie des nomades, qui lui a offerte la simplicité, de laquelle elle avait tant rêvée. "Dans le désert, on ne possède que ce dont on a besoin, ni plus, ni moins: Allumettes, bois de chauffage, farine, riz, vêtements…, en plus des livres dans le cas d'Erga.
Erga a en outre admiré les principes de solidarité et de partage sur lesquelles repose la culture des nomades. Leur hospitalité et leur bienveillance l'ont fascinée encore plus. Elle souligne que si un étranger passe par eux, sans abri, ils se collaborent tous pour lui offrir un endroit pour dormir, et s'il a faim, ils se collaborent tous pour lui donner à manger. Selon Erga, on ne peut pas se sentir étranger parmi les nomades, elle-même étant la preuve, ça fait plus de 7ans qu'elle se sente en famille parmi eux.

Dans le désert, Erga a retrouvé sa liberté absolue, sans murs, sans constructions et sans enceintes. Elle croit que les gens adorent le désert, justement grâce au sentiment de liberté qu'il leur offre, parce qu'il leur aide à se souvenir de leurs origines et de retrouver leurs racines en tant qu'êtres humains. C'est cette idée qu'Erga a voulu exprimer dans son livre qui porte sur son expérience dans le désert.

Les nomades ont du mal à accepter la présence d'une femme célibataire parmi eux. Lorsqu'ils ont évoqué ce sujet avec Erga, elle leur a répondu en rigolant que celui qui voulait l'épouser devrait lui offrir comme dot, 100 chameaux, 50 noirs et 50 blancs, mais elle savait déjà que personne en Jordanie ne possédait 100 chameaux. Un jour, un certain Soleyman est venu la demander en mariage pour son grand père âgé de 75 ans, elle, elle avait 70 ans. Il lui a promise de lui offrir 500 chameaux comme dot. Erga lui a répondu en disant qu'elle s'est déjà mariée deux fois et que ses deux maris sont morts. Quelques jours après, Soleyman est revenu pour lui dire que son grand père ne voulait pas être le troisième. Et depuis, à chaque fois qu'on pose à Erga la question:"pourquoi tu ne te maries pas?" elle répond:" j'ai déjà anéanti deux maris et il n'y a aucune raison pour que je le fasse de nouveau".

Un des habitants de Wadi Ram, raconte comment Erga, qui est venue pour la première fois en tant que touriste, est devenue avec le temps une des leurs. Elle cuit son pain, elle rend visite à leurs malades, elle partage avec eux leurs bonheurs et leurs malheurs…

Entourée par un grand nombre d'enfants nomades, Erga affirme que parmi eux elle se sent en famille et que ces enfants sont ses petits-enfants. Elle trouve que l'enfant nomade est plus libre que l'enfant en occident. D'après elle, l'enfant dans le désert est plus libre de commettre les erreurs d'enfance qui lui permettent d'être un homme responsable dans l'avenir, alors qu'en occident l'enfant élevé par la peur ne jouit pas de cette même liberté. En plus, toujours selon Erga, l'enfant en occident apprend à se comporter comme un adulte, alors qu'il est encore enfant, par contre, l'enfant nomade vit pleinement son enfance.

Avant son avènement à Wadi Ram, la peinture était le moyen d'expression fétiche d'Erga, mais ici son appareil photo a remplacé sa plume et elle a trouvé dans la photographie un moyen d'expression plus honnête à la splendeur du site. Erga trouve que beaucoup de choses dans la vie des nomades ont changé. La technologie moderne l'a envahie, la rendant de plus en plus proche de la vie urbaine. Erga est triste pour ce genre de changements, bien qu'elle ne soit pas contre les changements en général.

Date de diffusion:Le 8 juillet-2005



Karen Asfour: Malheurs et douleurs des arabes

L'américaine Karen Asfour, a connu son mari Mohamed, alors qu'elle était en deuxième année à l'université de Michigan. Elle étudiait les grandes religions du monde, alors que lui, il préparait sa thèse de magistère. Un an plus tard, Mohamed est allé rencontrer les parents de Karen pour la demander en mariage, et bien qu'ils l'aient tellement aimé, mais ils n'étaient pas très enthousiastes à l'égard de l'idée du mariage. Ils avaient des soucis concernant l'avenir de leur fille en tant qu'épouse d'un arabe. Ils n'étaient pas sûr si elle serait capable de s'adapter à la vie en Jordanie, pays natal de son mari, Mohamed et ils se demandaient si elle perdrait sa liberté à cause de ce mariage. Les gens autour de Karen ne cessait pas de lui faire rappeler du fait qu'en tant que musulman, Mohamed a le droit d'épouser encore trois autres femmes. Mais Karen ne s'est jamais sentie menacée par ce fait.

Son père était convaincu que le mariage de Karen ne durerait que six mois au plus, mais aujourd'hui et après 25 ans de mariage réussi, il est fier d'elle, surtout qu'elle a pu construire toute une vie en Jordanie avec son mari.

Après leur mariage, Karen a accompagné son mari pour la Jordanie. Elle a travaillé comme enseignante à l'école américaine d'Amman. Ils ont eu d'abord Maliya, leur fille aînée, suivie par sa sœur Tala, deux ans plus tard. Huit ans après Tala, Karen a donné naissance à Kayss, et sept ans plus tard, ils ont eu Jad. Bien que tous ses enfants aient la nationalité américaine, mais Karen et Mohamed s'étaient mis d'accord, dès le début, que leurs enfants devraient être élevés en tant que membres de la société jordanienne.

Concernant la langue, Karen et Mohamed étaient d'accord que les deux langues, arabe et anglaise sont très importantes pour les enfants, alors le compromis était tel: Les enfants parlent l'arabe hors de la maison, dans la rue et avec leurs amis, alors qu'à la maison, l'anglais était la langue officielle.

Karen s'est convertie à l'islam. C'était son propre choix. Elle souligne qu'elle est convaincue que c'était la bonne décision pour elle, en tant qu'épouse d'un musulman et mère d'enfants musulmans.

Karen a trouvé son dessein dans le domaine des activités sociales. En 1963 elle est devenue membre du club des femmes américaines. Elle a ensuite occupé la position de vice présidente de ce club pour deux mandats successifs. L'activité de ce club reposait essentiellement sur la collecte des fonds pour des projets caritatifs. En tant que vice présidente du club, elle a voyagé à travers toute la Jordanie, du nord au sud, c'était dans les années 80. Elle pense que c'était l'une des meilleures expériences qu'elle a vécues.

Outre le club des femmes américaines, Karen est, depuis les années 70 et jusqu'à maintenant, membre du conseil d'administration de l'association al Hussein pour la réhabilitation des handicapés. L'association ne s'occupe pas seulement des enfants handicapés, mais aussi des adultes. Elle est dotée, depuis les années 90 d'un atelier pour les filles. Karen avec une amie qui s'appelle Marie Rose, se sont occupées de la direction de cet atelier pour un certain temps, ensuite elles ont cédé la direction de l'atelier à un groupe de professionnelles. Karen et Marie travaillent actuellement dans le domaine des habits pour enfants et des costumes pour le théâtre et le cinéma. L'association est également dotée d'un débouché où se vendent les produits de leur association et ceux d'autres associations caritatives.

Avant son avènement en Jordanie, Karen n'avait rien à voir avec la politique, mais elle souligne que c'est impossible de vivre en Jordanie sans s'intéresser à la politique, surtout qu'elle a vécu de grands événements politiques tel que la défaite de 1967 et l'invasion israélienne de Beyrouth en 1982. Au lendemain de cette invasion, Karen en coopération avec un groupe de femmes britanniques a crée l'organisation "Al Bassira", ou "La clairvoyance", dans le but d'influencer l'opinion publique dans leurs pays d'origine, de créer une nouvelle vision à l'égard de la région du proche orient et d'exprimer leurs sentiments envers cette région du monde. Pour réaliser ces objectifs, l'organisation œuvre à plusieurs niveaux. Les membres de l'association rencontrent régulièrement les responsables américains et britanniques qui viennent en visite en Jordanie pour discuter avec eux.

En 1990, Karen a participé à une campagne qui a réussi à collecter les signatures de plus de 150 femmes américaines mariées avec des jordaniens, d'une lettre adressée au président américain, dans laquelle, elles l'appellent à négocier et à mettre fin au conflit armé. Bien que les efforts de Karen et ses camarades soient en vain, puisque la guerre s'est déclenchée quand même, elles ont déployé des efforts pareils, lors de la deuxième guerre du golfe, dans le but de clarifier les différents points de vue, pour les gens en occident.

En fin de compte, Karen se sent Jordanienne. Elle participe aux élections, elle œuvre pour la promotion de la participation de la femme, elle participe à la campagne pour la sauvegarde du site de pétra. Elle a certaines opinions et critiques à l'égard de la Jordanie, qu'elle publie souvent dans le journal "Jordan Times", mais elle considère ses critiques comme "critiques amis", parce qu'elle se sent appartenir à ce pays.

Date de diffusion: Le 15 Juillet-2005



Jane Taylor: L'amoureuse de la Jordanie

Nouveau diplômée, Jane croyait toujours qu'elle mènerait une vie pareille à celle de toute femme anglaise ordinaire. Elle a commencé sa vie professionnelle comme enseignante, ensuite elle s'est transformée au domaine de l'édition. Mais à un moment donné, elle s'est rendue compte que la vie doit avoir une valeur plus profonde. Jane est née dans la région du Proche Orient et elle a vécu son enfance partagée entre cette région et l'Australie. Elle était passionnée de l'idée de la découverte de cette région du monde. Elle a essayé de vaincre cette passion, mais c'était plus fort qu'elle. Elle a alors décider d'aller en Istanbul, un endroit où elle pourrait gagner sa vie. Elle avait des amis là bas, qui l'ont aidée à trouver un travail. Elle a commencé par faire apprendre la langue anglaise aux turcs, puis elle a commencé à écrire dans certains journaux et magazines. Ensuite, elle a été employée par la BBC, comme chercheuse pour une série de programmes sur l'histoire et les arts turcs. C'était son passeport au monde des médias audiovisuels. Elle a continué à travailler dans ce domaine, même après son retour à Londres.

Au début des années 80, Jane a décidé de partir pour l'Afrique du Sud, dans le but de découvrir l'expérience de ce pays dans le domaine de la protection de la vie sauvage et des réserves naturelles. Là bas, elle a fait la connaissance d'un producteur de films. Ensemble ils ont décidé de réaliser un documentaire sur les habitants des forêts dans le désert de Calgary. Cette expérience l'a menée à faire la connaissance de Van Der Post qui avait déjà réalisé un film sur les habitants du désert de Calgary, dans les années 50. Le fruit de cette dernière expérience était la publication d'un livre intitulé "Les confessions des hommes de la forêt", coécrit par Jane Taylor et Van Der Post. A la suite de cette expérience, Jane a commencé à chercher d'autres sujets d'écriture. L'histoire l'intéressait beaucoup, en plus qu'elle est diplômée en histoire, elle croyait que chaque nation était le fruit de son histoire, et que l'histoire était l'œuvre des hommes. De ce point de vue, elle a trouvé que la Jordanie était un pays très riche. Jane voulait aborder l'histoire du point de vue humain, et pas en tant que chiffres et données. Dans ce contexte, elle se souvient d'une lettre qu'elle a trouvée, lors de l'une de ses recherches. C'était une lettre envoyée par un soldat romain à son père, le soldat se trouvait dans une région près de Pétra. Il disait à son père, que les soldats passaient la plus grande partie de leur temps à tailler des pierres. A cet égard, Jane explique qu'après la chute du royaume nabatéen entre les mains des romains, il y avait des forteresses qui devraient être bâties et des routes qui devraient être pavées, c'est pourquoi les soldats romains passèrent leur temps à tailler les pierres. Jane a également recours à la photographie, en tant que moyen de documentation et d'illustration de ces écritures.

C'était seulement par hasard que Jane s'est rendue en Jordanie pour la première fois. Elle avait un ami qui dirigeait une agence de voyage en Jordanie et qui avait besoin d'un directeur touristique intermittent pour son agence, alors Jane est allée pour occuper ce poste pour une durée limitée. C'était en 1978. Son voyage l'a menée en Jordanie et en Syrie. Elle est tombée amoureuse du Proche Orient. A partir de 1984, Jane a commencé à se rendre en Jordanie régulièrement toutes les années. Un jour de l'année 1989, elle a eu l'occasion de prendre des photos pour la Jordanie depuis l'avion. C'est ainsi qu'elle a eu l'idée de réaliser un livre basé sur le concept de la photographie aérienne, et elle a choisi la Jordanie comme site. Elle a alors décidé d'aller s'installer en Jordanie pendant un an, dans le but de réaliser ce livre. Une quinzaine d'années ont coulé depuis que Jane ait pris cette décision, et elle demeure toujours en Jordanie.

Son livre "La Jordanie vue du ciel", était un grand succès. C'était un livre unique en son genre à l'époque. Le livre a été publié en plusieurs langues, dont l'anglais, le français, l'italien et l'allemand. En 1993, Jane a publié son livre sur Pétra. En écrivant ce livre, elle s'est rendue compte qu'il n'y avait aucun livre qui abordait la nation qui avait bâti Pétra, la nation des Nabatéens. C'était alors le sujet de son troisième livre " Pétra et le royaume perdu des Nabatéens". Jane se prépare actuellement pour la publication de son dernier livre " La Jordanie: la terre et le peuple".

Ça fait quinze ans que Jane habite cette maison. Elle se croit chanceuse de pouvoir trouver une maison pareille entourée d'arbres et d'anciennes maisons. Jane adore la vie dans la région qu'elle habite. Elle adore la vie en Jordanie en général. La chaleur et la bienveillance des jordaniens l'impressionnent toujours. Elle souligne que le premier mot prononcé par les jordaniens est "Ahlan" ou "Bienvenu", que ça soit en arabe ou en anglais, ce qu'elle trouve fascinant. Jane a beaucoup d'amis en Jordanie, jordaniens et autres. Elle est fasciné par le fait que la Jordanie, au fil du temps, est devenue un creuset de cultures et de civilisations ou se mélangent et se fusionnent des gens de toutes couleurs, cultures, religions…

Date de diffusion: Le 22 Juillet 2005



Ludovic et Agnès: Passion des ruelles et des maisons populaires

En 1994, Ludovic et sa femme Agnès, ont pris leur décision de vie, celle de quitter la France, leur pays natal, et d'aller s'installer en Egypte. Mariés depuis une quinzaine d'années, Agnès, originaire du sud de la France et Ludovic de Bretagne, travaillaient dans le domaine de l'édition. Ils ont visité l'Egypte, pour la première fois, un été au début des années 90. Ils ont admiré son climat et la bienveillance de ses gens, et ils sont tombés amoureux du vieux Caire. C'est ainsi qu'ils ont commencé à réfléchir à s'installer en Egypte et essayer d'y trouver un avenir meilleur. Ludovic est venu le premier, un an avant l'avènement d'Agnès. L'arrivée de Ludovic en Egypte, a coïncidé avec le début de la vague de terrorisme qui a envahi ce pays, au milieu des années 90. Cette situation précaire a angoissé Agnès, qui était encore en France. Elle a même commencé à remettre en question leur décision. Mais Ludovic, qui vivait déjà en Egypte, ne cessait pas de la rassurer, en lui affirmant qu'il s'agit d'une situation provisoire.

Agnès croit que ce qui est diffusé dans les médias occidentaux ne reflète pas la vraie vie quotidienne, en Egypte. Elle souligne qu'elle n'a pu découvrir le vrai visage de l'Egypte, qu'après avoir voyagé à travers ce pays. Avec son mari, elle a visité les Oasis, le désert blanc, Siwa et d'autres endroits que beaucoup d'égyptiens n'ont jamais visités. Agnès se souvient des moments extraordinaires qu'elle a eus, au marché bédouin de la ville d'al Ariche, "Le marché de jeudi", les bédouines avec leurs habits traditionnels et leurs produits faits à la main, l'ont beaucoup fascinée.

Ludovic et Agnès ont décidé d'inaugurer un magasin ou ils peuvent rassembler le digest de leur expérience en Egypte. L'expérience de découvrir le lieu à travers ce qu'il produit, et par conséquent découvrir ses gens. Le magasin est spécialisé dans la vente des produits traditionnels égyptiens. Le magasin est rempli de pancartes, faites par Ludovic et Agnès, dans lesquelles ils expliquent les différents métiers traditionnels égyptiens. Ludovic raconte que beaucoup de touristes lui demandent si tous les produits vendus sont de l'artisanat égyptien traditionnel, et quand il leur répond que oui, il remarque leur surprise du fait que l'Egypte est riche de beaucoup de choses qui restent invisibles. D'après Ludovic et Agnès, les touristes ne connaissent de l'artisanat égyptien que la tapisserie, la confection du papyrus et la bijouterie, mais ce n'est pas la vraie Egypte comme la voient Ludovic et Agnès. Pour eux, la vraie Egypte réside dans ceux que les gens font à la main.

Au début, le couple français avait certaines difficultés en traitant avec les gens de métiers. Ces derniers faisaient des soucis à l'égard de ces deux étrangers, s'ils étaient touristes, résidents, qu'est ce qu'ils voulaient exactement… Mais avec le temps, ils sont devenus de plus en plus à l'aise avec eux, et plus prêts à se coopérer avec eux. D'après Agnès et Ludovic, les barrières culturelles tombent avec le temps. Agnès et Ludovic comprennent très bien l'arabe et le parle un peu, ce qui facilite encore plus leur tâche.

Pour le couple français, l'Egypte n'est pas seulement les pyramides, les musées et les marchés, mais elle est plutôt les ruelles, les maisons et le petit peuple, et c'est justement de ces détails que le couple français a essayé de s'approcher. Pour eux, il s'agit d'une tentative de découvrir l'autre, une tentative qu'ils trouvent agréable. De leur point de vue un certain paradoxe domine la mode de vie en Egypte: le manque de discipline associé au bon achèvement, ce qui est impossible en Europe. Ils expliquent que les gens en Egypte travaillent au dernier moment, mais ils font l'impossible pour achever leur travail dans le bon délai. Ils sont capables de résoudre tous les problèmes et les fins heureuses arrivent toujours, exactement comme dans les films arabes.

Ludovic et Agnès entretiennent une très bonne relation avec leurs employés. Une certaine ambiance familiale domine l'établissement. Ils croient que la relation professionnelle en Egypte possède en plus une dimension humaine et une autre émotionnelle, ce qui est tout a fait différent de l'ambiance neutre et rigide qui domine la vie professionnelle en Europe.

Agnès travaille actuellement, à côté de son rôle dans le magasin, dans le domaine des librairies. Après son arrivée en Egypte, elle est restée pour un certain temps, sans travail, du fait qu'elle n'avait pas gardé ses liens avec les écrivains et les éditeurs avec qui elle travaillait en Europe. Elle a alors décidé de transformer son activité du domaine de l'édition au domaine des librairies. Mais elle s'est rendue compte que c'était très difficile d'établir une librairie dans une ville vive comme le Caire. Elle a alors trouvé le bon compromis, dans l'idée de la librairie ambulante. Elle importait des livres de l'Europe et elle tenait des foires de livre dans les écoles et les centres culturels francophones du Caire.

Agnès souligne qu'elle a été conseillée de la part de tout son entourage européen, de ne pas travailler en Egypte, tout simplement parce qu'elle est une femme. Mais après plusieurs visites en Egypte, Agnès n'a donné aucun poids à ce conseil. Elle explique qu'elle n'a jamais eu de problèmes, en tant que femme étrangère qui vit et qui travaille en Egypte. De son côté, elle tient à être gentil, correcte et respectable avec tout le monde.

Elle souligne par contre que les difficultés qu'elle rencontre dans son travail, viennent essentiellement du fait que les importateurs et les distributeurs du livre français en Egypte sont rares, que les lecteurs du livre français en Egypte sont aussi rares, et que le prix du livre français est assez élevé par rapport au prix du livre anglais. Ce qui préoccupe Agnès le plus à cet égard, c'est que les éditeurs français n'ont pour le moment, aucun plan d'exportation pour le sud.

Ludovic s'exclame en soulignant qu'il a remarqué que les égyptiens éprouvaient beaucoup de sympathie et de tolérance envers les étrangers, alors qu'ils étaient assez agressifs entre eux. C'est confortable pour lui en tant qu'étranger qui vit parmi eux, mais c'est choquant quand même. Pour sa part Agnès déteste d'être traitée comme si elle était une sacoche pleine de dollars, pour le simple fait qu'elle soit étrangère. Par contre, Agnès est très satisfaite de se sentir en pleine sécurité en Egypte. Elle explique que c'est très rare d'entendre parler en Egypte de vols forcés par exemple, ce qui arrive tous les jours à Paris. Elle souligne qu'elle voyage seule à travers toute l'Egypte sans jamais avoir aucun problème, mais au contraire, si par exemple sa voiture tombe en panne, ou elle a besoin de n'importe quelle aide, elle trouve pleins de gens prêts à venir à son secours.

Beaucoup d'égyptiens trouvent que la décision de Ludovic et Agnès de venir vivre en Egypte est bizarre. D'autres égyptiens rêvent d'immigrer un jour en France. Mais pour le couple français, c'était la bonne décision qu'ils n'ont jamais regrettée. Ils affirment que si le temps retourne en arrière et ils auraient à choisir de nouveau, ils choisiraient de vivre en Egypte.

Date de diffusion: Le 29 Juillet 2005